Le Conte brisé
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Cendrillon
Conte merveilleux, d'après Charles Perrault
Il était une fois un riche gentilhomme qui vivait heureux auprès de sa femme et de leur petite fille. L'enfant était douce, patiente et pleine de gaieté ; ses parents l'aimaient plus que tout au monde. Mais un triste hiver, la mère tomba gravement malade. Sentant sa fin approcher, elle appela sa fille près de son lit et lui murmura : « Reste toujours bonne et courageuse, mon enfant, et, du haut du ciel, je veillerai sur toi. » Peu de temps après, elle mourut, et toute la maison se remplit de chagrin.
Au bout d'un an, le gentilhomme décida de se remarier, car il pensait qu'une nouvelle mère rendrait le sourire à sa fille. Il épousa une femme veuve, orgueilleuse et froide, qui avait déjà deux filles à peu près du même âge que la sienne. Ces deux demi-sœurs semblaient charmantes en apparence, mais leur cœur était aussi dur que celui de leur mère.
Les noces à peine terminées, la belle-mère montra son vrai caractère. Elle ne supportait pas la douceur de la fillette, qui faisait honte, par sa seule gentillesse, à ses propres filles. Tant que le père restait à la maison, elle cachait sa méchanceté ; mais dès qu'il repartait pour ses longs voyages d'affaires, elle laissait éclater sa cruauté.
On retira d'abord à la jeune fille ses jolies robes pour la vêtir de haillons gris. Ensuite, on la chassa de sa chambre et on l'envoya dormir tout en haut de la maison, dans un grenier glacé, sur une méchante paillasse. Enfin, on la chargea des travaux les plus rudes : elle lavait la vaisselle, frottait les escaliers, allumait les feux et cuisinait du matin jusqu'au soir. Quand son ouvrage était terminé, épuisée, elle allait s'asseoir près de la cheminée, au milieu des cendres. C'est pourquoi ses demi-sœurs la surnommèrent par moquerie « Cendrillon ». Pourtant, malgré les insultes et la fatigue, elle restait douce et ne se plaignait jamais.
Or, un beau jour, un messager du roi parcourut toute la ville en sonnant de la trompette. Le fils du roi, un jeune prince, donnait un grand bal au palais, et toutes les jeunes filles du royaume y étaient invitées, car il espérait y rencontrer celle qu'il épouserait. En apprenant la nouvelle, les deux demi-sœurs étaient folles de joie et ne parlaient plus que de robes, de rubans et de coiffures.
Pendant plusieurs jours, Cendrillon repassa leurs toilettes, cousit leurs dentelles et coiffa leurs cheveux sans une seule plainte. Tout en travaillant, elle rêvait, elle aussi, d'aller danser.
« Voudrais-tu venir au bal avec nous, Cendrillon ? » lui demandèrent ses demi-sœurs en riant méchamment.
« Vous vous moquez de moi, répondit-elle doucement. Couverte de cendres comme je le suis, ce n'est pas une place pour moi. » Et les deux sœurs rirent de plus belle.
Enfin, le grand soir arriva. Quand le carrosse des demi-sœurs disparut au bout de la rue, Cendrillon, restée seule, éclata en sanglots. Tout à coup, une lumière douce et dorée emplit la cuisine : sa marraine, qui était une fée, apparut devant elle.
« Pourquoi pleures-tu, mon enfant ? » demanda la fée.
« Je voudrais tant... je voudrais tant aller au bal, moi aussi », soupira Cendrillon sans oser en dire plus.
« Sèche tes larmes, sourit la marraine. Fais seulement ce que je vais te dire, et tu iras, toi aussi. »
La fée envoya Cendrillon chercher dans le jardin la plus belle citrouille. D'un coup de baguette, elle la changea en un magnifique carrosse tout doré. Puis elle fit apparaître six souris grises, qu'elle transforma en six chevaux fringants ; un gros rat moustachu devint un cocher solennel, et six lézards, six valets en livrée.
« Mais dois-je vraiment y aller dans ces vilains habits ? » demanda Cendrillon. La fée la toucha de sa baguette, et aussitôt ses haillons se transformèrent en une robe magnifique, brodée d'or et d'argent. À ses pieds brillaient deux fines pantoufles de verre, les plus jolies du monde. « Va, et amuse-toi bien, prévint la marraine. Mais souviens-toi : tu dois être rentrée avant le dernier coup de minuit. Passé cette heure, le carrosse redeviendra citrouille, les chevaux, des souris, et ta belle robe, de pauvres haillons. » Cendrillon promit, puis elle partit, le cœur battant de joie.
Lorsque Cendrillon entra dans la salle du bal, un murmure d'admiration parcourut l'assemblée : jamais on n'avait vu jeune fille si belle. Le prince vint aussitôt l'inviter et ne voulut plus danser qu'avec elle de toute la soirée. Personne ne la reconnaissait, pas même ses demi-sœurs, qui la trouvaient pourtant charmante. Emportée par le bonheur, Cendrillon faillit oublier l'heure ; mais, entendant sonner les trois quarts avant minuit, elle salua la compagnie et se sauva aussi vite qu'une biche.
Le lendemain, un second bal fut donné, plus somptueux encore. Cendrillon y retourna, plus resplendissante que la veille, et le prince ne la quittait pas d'un pas. Cette fois, emportée par la joie et par les douces paroles du prince, elle oublia l'heure. Soudain, le premier des douze coups de minuit retentit. Cendrillon se leva d'un bond et s'enfuit à toutes jambes. Dans sa course, une de ses pantoufles de verre glissa de son pied et resta sur les marches du grand escalier, mais elle n'eut pas le temps de la ramasser.
Le prince, qui l'aimait déjà de tout son cœur, se précipita à sa poursuite ; il ne trouva, sur les marches, que la petite pantoufle de verre. Il la ramassa précieusement. « Je parcourrai, s'il le faut, le royaume tout entier, déclara-t-il, et j'épouserai celle dont le pied entrera dans ce soulier, et nulle autre. »
Depuis lors, les serviteurs du prince parcoururent chaque maison du royaume. Toutes les jeunes filles essayaient la pantoufle (princesses, duchesses et bourgeoises), mais aucune ne parvenait à y glisser le pied. On l'apporta enfin chez les demi-sœurs de Cendrillon. Elles poussèrent, forcèrent, tirèrent de toutes leurs forces, en vain : le petit soulier était bien trop étroit pour elles.
« Laissez-moi essayer à mon tour », demanda timidement Cendrillon. Ses sœurs éclatèrent de rire, mais le serviteur, qui avait ordre de la faire essayer à toutes les jeunes filles, l'invita à s'asseoir. À la surprise générale, son pied entra dans la pantoufle sans la moindre peine. Alors, tranquillement, Cendrillon sortit de sa poche la seconde pantoufle de verre et la chaussa elle aussi. Au même instant, sa marraine apparut et, d'un coup de baguette, changea ses haillons en une robe plus belle encore que les précédentes. Ses demi-sœurs, stupéfaites, reconnurent enfin la mystérieuse inconnue du bal.
On conduisit Cendrillon au palais, où le prince la trouva plus charmante que jamais. Peu de jours après, ils se marièrent au milieu d'une grande fête. Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, pardonna à sa belle-mère et à ses demi-sœurs, et les accueillit même auprès d'elle. Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.
Pourquoi la mer est salée
Conte étiologique, d'après « Le Moulin magique » (conte nordique)
Il y a très longtemps, quand le monde était encore jeune, la mer n'était pas salée comme aujourd'hui. Son eau était douce et claire comme celle des rivières, et les hommes qui vivaient sur ses rives la buvaient sans crainte. En ce temps-là, nul ne connaissait le sel, si rare et si précieux qu'il valait, dit-on, plus cher que l'or.
Dans un petit village au bord de l'eau vivaient deux frères que tout opposait. L'aîné était riche, mais son cœur était dur et avare : il comptait ses pièces d'or chaque soir et ne donnait jamais rien à personne. Le cadet, lui, était pauvre comme la terre, mais honnête et généreux ; il partageait volontiers le peu qu'il possédait.
Un rude hiver s'abattit sur le pays. La neige recouvrit les champs, et le cadet, qui n'avait plus rien à manger, se résigna à aller frapper à la porte de son frère. « De grâce, lui dit-il en grelottant, donne-moi un peu de pain, sinon les miens et moi mourrons de faim. »
Le riche, agacé, voulut se débarrasser de lui au plus vite. Il attrapa un vieux moulin à bras qui rouillait dans un coin et le lui jeta dans les mains. « Tiens, prends ceci, et que je ne te revoie plus jamais ! » grogna-t-il en refermant sa porte. Le cadet s'en retourna, tout étonné d'un présent aussi étrange.
Sur le chemin du retour, alors que la nuit tombait, il rencontra un vieillard courbé sous un lourd fagot de bois. « Laisse-moi t'aider à porter ta charge », proposa-t-il, oubliant sa propre misère. Touché par tant de bonté, le vieillard lui confia un secret : « Ce moulin n'est pas ordinaire. Il moud tout ce que tu lui demandes. Pour l'arrêter, il te suffira de dire : “Petit moulin, cesse de moudre.” Mais retiens bien ces mots. »
De retour dans sa chaumière, le cadet posa le moulin sur la table et, le cœur battant, murmura : « Moulin, mouds-moi du pain, de la viande et un bon feu pour ma famille. » Aussitôt, la nourriture jaillit à flots et une douce chaleur emplit la pièce. Ses enfants, émerveillés, se régalèrent pour la première fois depuis des semaines.
Les jours suivants, le cadet demanda au moulin des habits chauds, une belle maison et quelques pièces d'or. Il devint ainsi riche à son tour ; mais, contrairement à son frère, il n'oublia jamais d'où il venait. Il partageait avec les pauvres du village et offrait du bois à ceux qui grelottaient.
La rumeur de ce moulin merveilleux voyagea de bouche en bouche jusqu'au port voisin. Un capitaine cupide, qui parcourait les mers pour vendre ses marchandises, en entendit parler et fut aussitôt dévoré par l'envie de le posséder.
Une nuit sans lune, tandis que tout le village dormait, le capitaine se glissa dans la maison du cadet, s'empara du moulin et l'emporta en secret jusqu'à son navire. Avant même le lever du jour, il avait pris le large, riant tout seul de son mauvais tour.
En pleine mer, le capitaine songea à ce qu'il pourrait faire moudre de plus précieux. « Moulin, mouds-moi du sel ! » ordonna-t-il d'une voix avide. Docile, le moulin se mit à moudre du sel, encore et encore, en un tas blanc qui grandissait à vue d'œil.
D'abord ravi, le capitaine se frotta les mains. Mais le sel ne cessait de couler : il envahit le pont, puis la cale. Épouvanté, l'homme voulut arrêter la machine ; hélas, il ne connaissait pas la formule secrète. Il eut beau crier, supplier et frapper le moulin, rien n'y fit.
Bientôt, le navire, trop lourd, pencha dangereusement, puis sombra dans les flots, entraînant le capitaine et sa montagne de sel au fond de l'océan. Et là, dans les profondeurs, le moulin magique ne s'arrêta jamais : aujourd'hui encore, il moud du sel sans relâche.
C'est depuis ce jour que la mer est salée.
La Cigale et la Fourmi
Fable de Jean de La Fontaine, 1668 (texte original)
La Cigale, ayant chanté Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue : Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine Chez la Fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle. « Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l'Oût, foi d'animal, Intérêt et principal. » La Fourmi n'est pas prêteuse : C'est là son moindre défaut. « Que faisiez-vous au temps chaud ? Dit-elle à cette emprunteuse. - Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. - Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. »
Version en prose (pour t'aider à comprendre)
Pendant tout l'été, la cigale chanta sans s'inquiéter du lendemain. Quand l'hiver arriva, elle n'avait plus rien à manger. Elle alla demander de la nourriture à la fourmi, sa voisine, en promettant de la rembourser plus tard. Mais la fourmi, qui avait travaillé et fait des réserves tout l'été, refusa. « Que faisais-tu quand il faisait chaud ? » demanda-t-elle. « Je chantais », répondit la cigale. « Tu chantais ? Eh bien, danse maintenant ! » répliqua la fourmi.
La légende du Manneken-Pis
Légende bruxelloise
Il y a de cela bien des siècles, au cœur du Moyen Âge, la ville de Bruxelles n'était encore qu'une cité entourée de hautes murailles de pierre. En ces temps troublés, les seigneurs se faisaient sans cesse la guerre, et Bruxelles, riche et convoitée, devait souvent défendre ses remparts contre ses voisins.
Un jour, un seigneur ennemi, jaloux de la prospérité de la ville, rassembla une armée et vint l'assiéger. Pendant des semaines, ses soldats campèrent devant les murailles ; mais celles-ci étaient si solides qu'aucun assaut ne parvenait à les briser. Les Bruxellois, bien que fatigués, tenaient bon et repoussaient chaque attaque.
Voyant qu'il ne pourrait jamais entrer par la force, le seigneur ennemi imagina une ruse perfide. Il ordonna à ses hommes de creuser en secret, la nuit, jusqu'au pied des remparts, et d'y déposer un énorme baril rempli de poudre noire. En y mettant le feu, l'explosion ouvrirait une brèche béante dans la muraille, et l'armée pourrait alors se ruer dans la ville endormie.
La nuit venue, tout se déroula comme prévu. Les soldats placèrent le baril contre la muraille, allumèrent une longue mèche et s'enfuirent se cacher, attendant le fracas terrible qui livrerait Bruxelles. La petite flamme se mit à ramper lentement le long de la mèche, se rapprochant de la poudre à chaque instant.
Or, cette nuit-là, un petit garçon nommé Julianske ne trouvait pas le sommeil. Curieux et espiègle, il s'était glissé hors de la maison de ses parents pour jouer dans les ruelles désertes que baignait la lumière de la lune. En s'aventurant près des remparts, il aperçut soudain une petite lueur qui dansait dans l'obscurité.
Intrigué, l'enfant s'approcha sans bruit. Il vit alors le gros baril et la mèche allumée qui se consumait vers lui. Bien qu'il fût jeune, Julianske comprit aussitôt le danger : si cette flamme atteignait la poudre, tout sauterait, et sa ville avec. Son cœur se mit à battre très fort.
Il chercha autour de lui de l'eau, du sable, n'importe quoi pour étouffer la flamme, mais il ne trouva rien. Le temps pressait, et la mèche brûlait de plus en plus vite. Alors, sans réfléchir davantage, l'enfant fit la seule chose qui était en son pouvoir : il se planta devant la mèche et l'éteignit en urinant dessus, juste avant que le feu n'atteignît la poudre.
La flamme s'éteignit dans un petit grésillement, et le silence retomba sur les remparts. L'explosion tant espérée par l'ennemi n'eut jamais lieu. Au matin, quand le seigneur comprit que sa ruse avait échoué, il leva le camp, furieux, et s'en retourna chez lui sans avoir pris la ville.
Bientôt, les Bruxellois découvrirent le baril de poudre et la mèche éteinte, et ils comprirent qu'un simple enfant les avait tous sauvés d'un désastre. On raconta partout l'exploit du petit Julianske, et son courage devint la fierté de toute la cité.
C'est en souvenir de ce geste que les Bruxellois élevèrent, à l'endroit même où l'enfant avait sauvé la ville, une petite fontaine de bronze représentant un garçon qui urine. Aujourd'hui encore, on peut l'admirer au cœur de Bruxelles, et les habitants comme les voyageurs viennent la saluer : on l'appelle le Manneken-Pis.
Thésée et le Minotaure
Mythe grec
Dans les temps anciens, au pays de Grèce, régnait sur l'île de Crète un roi puissant et cruel nommé Minos. Dans les profondeurs de son palais s'étendait un labyrinthe immense, un dédale de couloirs si compliqué que personne, une fois entré, ne pouvait en retrouver la sortie. Au cœur de ce labyrinthe vivait un monstre effroyable : le Minotaure, un être au corps d'homme et à la tête de taureau, qui se nourrissait de chair humaine.
Quelques années plus tôt, la cité d'Athènes avait perdu une guerre contre la Crète. Pour prix de sa défaite, elle devait envoyer régulièrement sept jeunes garçons et sept jeunes filles en Crète. On les livrait au Minotaure, qui les dévorait dans son labyrinthe. Chaque fois que revenait cette terrible échéance, Athènes tout entière pleurait ses enfants.
Or, cette année-là, un jeune prince courageux vivait à Athènes : Thésée, le fils du vieux roi Égée. Ne supportant plus de voir son peuple accablé de douleur, il alla trouver son père.
« Père, laisse-moi partir avec les autres jeunes gens, dit-il d'une voix ferme. Je pénétrerai dans le labyrinthe, je tuerai le Minotaure et je délivrerai enfin notre cité de ce tribut de sang. » Le vieux roi, le cœur serré, tenta d'abord de le retenir ; mais, devant la volonté de son fils, il finit par accepter.
Avant le départ, Égée fit une dernière recommandation. « Le navire qui t'emporte porte des voiles noires, en signe de deuil, dit-il. Si les dieux te protègent et que tu reviens vivant, remplace-les par des voiles blanches : ainsi, du haut de la falaise, je saurai de loin que mon fils est sauvé. » Thésée le promit, et le navire prit la mer.
Après plusieurs jours de navigation, le navire aborda en Crète, et les jeunes Athéniens furent présentés au roi Minos. Parmi la foule se tenait Ariane, la propre fille du roi. À peine eut-elle aperçu Thésée qu'elle en tomba amoureuse, et elle ne put se résoudre à le laisser mourir dans le labyrinthe.
La nuit venue, Ariane rejoignit Thésée en secret et lui glissa dans la main une simple pelote de fil. « Écoute-moi bien, murmura-t-elle. Attache l'extrémité de ce fil à l'entrée du labyrinthe, puis déroule-le derrière toi à mesure que tu avances. Quand tu auras vaincu le monstre, tu n'auras qu'à suivre le fil pour retrouver le chemin de la sortie. » Thésée la remercia du fond du cœur et lui promit de l'emmener avec lui s'il sortait vivant.
Au matin, Thésée entra dans le labyrinthe. Il attacha le fil à l'entrée, comme Ariane le lui avait dit, et s'enfonça dans les ténèbres. Longtemps, il erra dans les couloirs sombres et glacés, guidé seulement par le fil qui se déroulait derrière lui. Enfin, au détour d'un passage, il se trouva face au Minotaure. Un combat terrible s'engagea : le monstre était d'une force effrayante, mais Thésée, agile et courageux, finit par le terrasser.
Épuisé mais victorieux, le héros n'avait plus qu'à suivre le fil d'Ariane pour ressortir. Pas à pas, il remonta les couloirs obscurs jusqu'à revoir la lumière du jour. Dehors, Ariane et les jeunes Athéniens l'attendaient, le cœur battant. Sans perdre un instant, ils coururent tous ensemble jusqu'au navire et prirent la mer avant que le roi Minos ne s'aperçoive de rien.
Le voyage du retour fut joyeux, car Athènes était enfin délivrée. Mais, dans l'ivresse de son triomphe, Thésée oublia complètement la promesse faite à son père : il ne remplaça pas les voiles noires par des voiles blanches. Or, depuis des jours, le vieux roi Égée guettait la mer du haut d'une falaise. Lorsqu'il aperçut au loin le navire aux voiles noires, il crut que son fils avait péri, dévoré par le Minotaure. Fou de chagrin, il se précipita du haut du rocher et se noya dans les flots.
À son arrivée, Thésée apprit avec désespoir la mort de son père. C'est depuis ce jour, dit-on, que la mer dans laquelle le vieux roi s'était jeté porte son nom : on l'appelle encore aujourd'hui la mer Égée.
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